Le lourd battant coulissa sur son axe en un douloureux crissement métallique, dévoilant une silhouette noire dans l'embrasure de la porte. Un souffle de vent froid s’engouffra dans le hangar, soulevant un léger nuage de poussière grisâtre. L'homme demeura quelques instants immobiles, observant les ténèbres alentours.
Et Camille pénétra dans l’entrepôt, sa natte blanche glissant dans son dos au moindre de ses gestes. Les pas du jeune homme résonnèrent en un écho creux alors que Camille avançait entre les entassements de caisses drapées de blanc, son long manteau noir laissant de larges arabesques dans la poussière.
Sortant sa main de sa poche, une lumière diaphane illumina les ténèbres alors que l'homme pianotait rapidement un numéro sur son portable avant de le porter à son oreille.
Lorsqu'il prit la parole, l'écho de ses mots résonna dans le lointain, déformant le timbre doux de sa voix en un susurrement irritant...
"Je suis sur les lieux Monsieur, comme prévu.
… … …
Bien entendu...
"Tout en parlant, la main de Camille glissa vers sa poche, sortant une cigarette qu'il porta rapidement à ses lèvres.
" … … …
Oui Monsieur, j'ai prit les dispositions nécessaires.
… … …
Oui, comme toujours.
"Le ton de Camille oscillait entre l'ennui et l'agacement. Il plongea de nouveau sa main dans les replis de sa veste, sortant un briquet argenté qu'il fit glisser entre ses doigts, illuminant bientôt les ténèbres d'une clarté vacillante, révélant la teinte vermeille de ses yeux vampiriques.
La lumière glissa sur les ténèbres, repoussant les ombres, éclairant légèrement la cachette de la bannie et révélant à la vue du vampire les traces de passage sur le sol poussiéreux ainsi que le drap blanc sur le sol.
Et la lueur s'éteignit, plongeant de nouveau le hangar dans le calme nocturne. Camille aspira vivement sa cigarette, l’extrémité rougeoyante de la braise faisant scintiller son regard vermeil.
La voix dans le combiné poursuivit ses instructions.
" ... ... ...
Non Monsieur, pas de traces d’importuns.
"Appuyé contre un tas de caisse, Camille expira en un vaste nuage de fumée, écoutant son interlocuteur d'un air ennuyé.
" ... ... ...
N'ayez craintes Monsieur, il n'y aura pas d'incident.
... ... ...
Bien Monsieur, merci Monsieur le Directeur.
"Et Camille raccrocha, laissant tomber le portable dans la poche de sa veste. Il fit quelques pas en direction d'une caisse non drapée, s'y appuyant bientôt pour mieux observer le sigle gravé à sa surface. Le sigle de l'Hinra.
D'un air agacé, Camille souffla droit dessus sa fumée de cigarette...
"Quelle mission...
" souffla t'il d'un air maussade en déposant son manteau sur la caisse. Désormais vêtu d'un costume plus digne d'un gentilhomme que d'un gardien chevronné, il fit quelques pas dans le hangar, l'air distrait.
" … et quelle ambiance !
" poursuivit t’il en déambulant entre les caisses, observant les lieux qu’il devrait garder pour la nuit. Il n’appréciait que peu les missions sur le terrain, et il n’aurait pas était contre une paisible nuit à pianoter sur son bureau un quelconque rapport. Ou mieux encore, une douce réception chez une quelconque célébrité du moment, comme agent infiltré peut être, ou bien comme invité. Il se pourléchait d’avance les babines en pensant aux suaves créatures qui devaient gambader en toute innocence dans ce genre de fête … à croquer sans faim …
Mais ce genre de réunion semblait se tenir à des milliers de lieux d’ici, hélas. Et le Directeur lui même, Môssieur Arthus, avait était bien clair sur ses instructions.
Camille sortit une petite fiole reliée de cuir de sa poche intérieure et, avisant une lucarne par laquelle il pouvait apercevoir la lune, il trinqua en son honneur.
"A la tienne, ma vieille ! Que ta nuit soit au moins aussi courte que la mienne !
" dit il avant de boire une longue gorgée, laissant vagabonder ses pensées vers l’astre lunaire.